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Communauté de Terre Noire

#1 04-10-2017 02:40:19

Archos
RPiste
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Messages : 108

La Mission du Régent

Des bourrasques de vent s’engouffraient sans pitié pour les commerçants dans les étals du marché. Les marchands et les paysans venus vendre leurs récoltes se trouvaient être plus nombreux que les acheteurs désertant la place. En plus du vent affolant les toiles et nappes, le temps était plus maussade que d’habitude, un crachant se déversant dans les rues, glaçants les habitants jusqu’aux os. Cette pluie rendait les rues boueuses, tâchant l’ensemble des vêtements avec les projections dû aux charrettes.

De légères nimbes de fumées s’élevaient des foyers de la ville, indice d’une consommation excessive de bois à ce moment de la journée. Si l’activité économique ne s’arrêtait pas lors du mauvais temps, courant dans cette région, une partie des femmes n’allaient pas au travail, par manque de matières premières. Les aléas climatiques faisaient renoncer aux paysans de venir vendre leurs productions en ville, préférant, plutôt que de perdre une à deux journées de travail, les consacrer à l’entretien de leurs rares champs mais surtout troupeaux. De ce fait, les activités du textile étaient au ralentit, tout comme les confréries de bouchers ou de boulangers. Les femmes se limitaient donc à l’entretien des foyers tout en conservant leurs enfants avec elles pour les moins fortunées tandis que quelques précepteurs donnaient des cours aux enfants des familles bourgeoises.

Au port, l’activité était aussi réduite. Peu de navires étaient sortis pour pêcher au large. Aux Jumelles, les deux tours gardant l’entrée du port de Brisebourg et de sa chaîne, une dizaine de bateaux de pêches avaient été relevé alors qu’une galère rentrait au port après une patrouille dans les îles du Nord-Est. D’ordinaire, au moins une trentaine de navires sortaient à la pêche afin d’approvisionner les étals de Brisebourg, fournissant un complément alimentaire au blé et aux maigres morceaux de viandes des paysans.

C’est dans cette ambiance morose qu’un cavalier de la poste s’approcha de la porte des Anges, au Sud de la cité. Passant la herse au pas, sous le regard des gardes, il prit une allure modérée jusqu’à atteindre le château fort du seigneur Archos au sein de la ville libre de Brisebourg. La citadelle Ange se détachait l’Est par rapport aux maisonnées aux alentours, symbole de puissance de l’Armée des Anges dans le comté d’Eolias, en complément de l’importance du comte d’Eolias et duc de Kronenbag.

Une fois au château fort, il fut arrêté par d’autres gardes, les traits marqués par les combats. Si la cité était gardée par des guerriers, payés par les bourgeois en échange de la liberté d’entreprendre et d’effectuer des choix politiques, à la condition de l’acceptation du seigneur, la demeure du seigneur Archos était entretenue sur ses fonds propres, issus de ses nombreuses terres aux alentours de la cité. En effet, la cité ne possédait aucune terre, stratagème manigancé par le seigneur afin de garder un contrôle sur l’évolution de la cité et ses potentielles velléités d’indépendance. Ainsi, la garde personnelle du seigneur Archos, éprouvée par les guerres en Terre de l’Horizon, contre les Sphonistes et les pirates, contrôlait le château tandis qu’elle-même contrôlait la citadelle Anges. Ensemble ils contrôlaient la ville.

Rentrant dans la bâtisse principale, après avoir lorgné sur l’assommoir, il fut guidé jusqu’au seigneur Archos. Remettant le plis au seigneur Archos, il fut guidé vers la sortie par le Chambellan tandis que le seigneur Archos prenait connaissance de la lettre. Écrite par le seigneur Régent Mathias de Boemauth, son frère Ange, il brisa le sceau avant d’ouvrir le parchemin et de balayer du regard les signes.

«  .... Qu'il est bon de savoir nos vaillants chevaliers, forts , fiers et droits. Que l'Armée des Anges se mette en marche vers ce lieu...
         ...boucliers et glaives ont de nouveau raison a se réjouir... »

Se reposant lourdement dans son siège, le seigneur Archos, le regard vide, se rappela de ses dernières années. Âgés désormais d’une quarantaine d’année et père de trois fils et une fille, il était beaucoup moins impétueux qu’avant, plus calme, plus réfléchis. Etait-ce dû à la paternité ou bien à sa lourde tâche de guider les Anges ? Il n’en savait rien. Ce qu’il savait, toutefois, c’est que les nouvelles générations de chevaliers allaient devoir, de nouveau, se battre pour Terre Noire. Les propos tenus dans le document étaient sans appel : les ennemis de Terre Noire se préparaient à agir. Mais l’Armée des Anges devait-elle continuer à soutenir le Régent, quitte à lier à jamais son destin à lui, ou prendre une voix médiane ? Il ne le savait pas, et pourtant il devait prendre une décision pouvant mettre en jeu  l’ensemble de l’Armée des Anges.

« Conrad, mon fidèle lieutenant, fait rassembler à Jamaston l’arrière-ban et mes vassaux. Nous partirons d’ici deux semaines. Pense aussi à rassembler de quoi faire vivre l’armée une douzaine de jours.

Chambellan ! Apportez-moi des parchemins et de l’encre ! Nous avons des missives à envoyer ! »

Une dizaine de minutes plus tard, le Chambellan se trouvait près à écrire sous la dictée du Commandeur Archos. Les premières lettres se trouvaient être à destination des différents seigneurs se trouvant sur leur trajet :

« Aux seigneurs du comté d’Izard.

Moi, seigneur Archos, sir de Brisebourg, comte d’Eolias, duc de Kronenbag, Amiral de la Flotte, Commandeur des Anges, vous salue.

Par cette présente missive, nous sollicitons votre soutien. Dans une vingtaine de jours, mon ost se devra de traverser vos terres. Nous sollicitons, en tant que duc, un passage paisible en Izard. De plus, nous demandons l’installations de marchés lors de nos passages afin de nourrir l’armée.

Pour cela, nous demandons l’éstablissement de prix commun : pour une livre de pain, les soldats fourniront 2 dacres, pour une tranche de porc une somme de 2 dacres, pour une pinte de bière la somme de 1 dacre, 2 dacres pour le pichet de vin, 2 dacres pour 1 boisseau de fèves, pois, 1 dacre pour 1 chou, 1 dacre la pomme, 3 dacres la botte de poireau.

Votre duc sollicite actuellement votre soutien,

Archos, duc de Kronenbag. »

Archos, après la fin de la lettre, apposa son sceau, certifiant l’authenticité de la missive avant de commencer la rédaction d’une autre lettre relativement identique au seigneur Kraghen, de Poktula :

« Seigneur Kraghen,

Moi, seigneur Archos, sir de Brisebourg, comte d’Eolias, duc de Kronenbag, Amiral de la Flotte, Commandeur des Anges, vous salue.

Par cette présente missive nous sollicitons un passage sûr et sécurisé à travers vos terres. Notre passage se déroulera dans environ un mois. De plus, nous demandons l’installations de marchés lors de nos passages afin de nourrir l’armée.

Pour cela, nous demandons l’éstablissement de prix commun : pour une livre de pain, les soldats fourniront 2 dacres, pour une tranche de porc une somme de 2 dacres, pour une pinte de bière la somme de 1 dacre, 2 dacres pour le pichet de vin, 2 dacres pour 1 boisseau de fèves, pois, 1 dacre pour 1 chou, 1 dacre la pomme, 3 dacres la botte de poireau.

Nous sollicitons votre soutien au nom de l’alliance entre les Indépendantistes et les Anges, mais aussi en tant que duc. Nul doute que vos propos seront toujours bien accueilli à Brisebourg en cas de doléance ou requête.

Puisse Navas vous avoir dans sa sainte garde.

Archos. »

Une fois la lecture terminée et le sceau apposé, il continua par une lettre adressée au maître de Maisonveaux, le Nouvel Ange Mathof Polikof Chkaya :

« Frère Ange,

Nous sollicitons actuellement votre soutien et votre participation à une chevauchée. De ce fait, nous vous demandons d’envoyer quelques gens armés à Jamaston, avec une douzaine de jours d’approvisionnement, où ils retrouveront mon arrière-ban sous la direction de mon Sénéchal. Quand à vous, retrouvez-moi à Brisebourg.

Puisse Navas vous avoir dans sa sainte garde,

Archos, Commandeur de l’Armée des Anges. »

Il finit ensuite par le seigneur Geoffroy :

« Seigneur Geoffroy,

Par votre adhésion à l’Armée des Anges, nous sollicitons votre soutien. Nous vous demandons donc d’envoyer une partie de votre ost en Poktula. Toutefois, nous vous interdisons de passer par les terres que les Sphonistes ont volé à Aermonia. Préférez un passage plus sécurisé par Usur, Boijoli et Caspellis où vous devrez rendre les hommages au Seigneur Régent et Héros Ange Mathias de Boemauth danstrois semaines. Prenez donc contact avec les seigneurs des régions afin d’établir des droits de marché pour l’approvisionnement de votre ost.

Puisse Navas vous avoir dans sa Sainte Garde,

Archos, Commandeur de l’Armée des Anges »

Une fois une dizaine d’autres missives écrites, la matinée s’étant terminée, il s’en alla dans la grande-salle afin de manger avec sa maisonnée.

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#2 07-10-2017 18:49:07

Archos
RPiste
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Re : La Mission du Régent

Archos se retourna vers son donjon. Dominant l’ensemble des constructions du haut de sa quarantaine de mètres, l’ombre qu’il répandait sur l’enceinte du castel assombrissait la basse-cour dans le soleil naissant, faisant grelotter les hommes. La rosée du matin suintait sur les pierres de taille des constructions. Toutefois, en haut de l’enceinte, le soleil réchauffait quelque peu les cœurs. L’écurie se trouvait sur le côté Est de la basse-cour, permettant d’accueillir une cinquantaine de destriers de guerre.

Sous les coups sourds des marteaux sur les enclumes, le Commandeur avança, accompagné de deux membres de sa garde vers les écuries. Montant sur le destrier que lui tenait un palefrenier, il s’avança vers la lourde porte du Castel. Passant celle-ci et la herse relevée, suivie de son escorte, le convois d’une quarantaine de cavaliers s’enfoncèrent dans la ville. Si les premières maisons se trouvent être cossues, appartenant à de riches bourgeois, commerçants ou artisans de fortes renommées, plus on se dirige vers la périphérie et les enceintes de la cité, plus les rues deviennent resserrées, sales avec un développement anarchique. Ce constat brouillon est toutefois contrebalancé par les fontaines, lieu de vie des différents quartiers. L’escorte, ne pouvant plus avancer qu’à la file indienne, se déplaçait lentement, laissant tout le temps au seigneur d’observer son environnement. Les rues étaient peu encombrées du fait de l’heure matinale du départ. Les rares passant état pour la plupart les commerçants préparant leurs étales, couvert par leurs maisons autours.

Une heure après le départ, le convoi réussi enfin à attendre la porte Sud de la cité et pénétrèrent dans la campagne. Celle-ci n’était pas couverte par les champs de blés verdoyant, contrairement au sud de l’île, mais recouverte de troupeaux, de bétails de toute sorte. Le pastoralisme était une des grandes forces du comté, les élevages d’ovins étant les plus importants, faisant de Brisebourg un des grands centres du commerce de la laine et du textile. Pour accompagner ces élevages, des petits potagers étaient cultivés par les paysans, leur assurant leur pitance et potentiellement une source de revenus supplémentaires en allant les vendre aux différents marchés de Brisebourg, avec différentes productions de petits objets locaux. Ainsi, sans être riche, la campagne du comté d’Eolias vivait du commerce, du moins de la consommation intérieure. Si la cité ne pouvait pas vivre sans sa campagne, qui la nourrit, la campagne ne peut pas vivre sans la cité, qui la finance.

La route vers Jamaston n’était pas spécialement longue, environ 4 à 5 heures de cheval pour l’atteindre.

*****

Jamaston était en vue après plusieurs heures de cheval. Jamaston était le tout premier domaine du seigneur Archos, alors jeune seigneur. Alors, tout jeune frère Ange, un conflit explosa entre le seigneur Terence Broniard, ancien chevalier des Fils de Navas. Ce conflit, provoqué par différentes disputes entre les Anges et celui-ci, amena au dépérissement de Jamaston, après quelques pillages. Toutefois, l’importance de cette place ne se trouvait pas dans ses capacités économiques, mais plutôt dans le castel. Celui surplombait le fleuve qui rejoignait la mer. Il avait donc pour tâche de contrôler le fleuve. Autrefois la résidence du seigneur Archos, il avait gardé son caractère massif malgré le déplacement de la résidence principale. Les lieux, austère, inspirait plus le contrôle des populations et la force que l’ouverture et les arts.

Le village à proximité du krak s’il n’était pas prospère, était surtout pour ses femmes égayant les soldats de la garnison dans des élans de tendresses, entrecoupés de pleurs d’enfants. Contrairement au reste du comté, le commerce principal ne se trouvait pas dans l’ovin et la laine.

Cette tendance s’amplifiait lors de la levée du ban. Le krak, ne pouvant pas abriter l’ensemble des soldats, voyait sa campagne alentours se remplir de tentes pour les soudards du domaine alors que les chevaliers aux armures rutilantes se reposait à l’abris des murs. A la vue de toute cette population masculine, le village lui aussi s’agrandissait de tentes de fortunes que les hommes fréquentaient, faisant la fortune, si ce n’est des femmes, du moins des tenancières et autres gérants.

Ignorant toute cette luxure, le petit cortège traversait le camp sous les différentes salutations et cris de joie des guerriers. Passant le pont-levis, il pénétra dans la forteresse pour atteindre le donjon, accessible après trois murs d’enceintes.
Une fois pied à terre et en compagnie de Conrad, son Sénéchal, il écouta l’exposé :

« Commandeur, nous avons rassemblés 50 lances avec vos vassaux, chacun apportant une dizaine d’hommes, tandis que sur vos domaines, 500 hommes ont été levé. J’ai choisi de ne pas lever l’ensemble de nos forces, n’ayant pas eu d’injonctions de prendre tout homme sachant manier une arme. Les chariots sont, de plus, près au départ.
Aucune nouvelle d’Izard ni de Poktuka. Il faudra partir du principe que ces terres seront hostiles. Le départ sera possible dès demain matin

- Bien Conrad. Nous partirons qu’avec 5 lances et ceux que nous avons levés. Que les autres lances s’organisent pas 3 à 5 lances et patrouillent dans Eolias, prennent des informations en Soufflefieu, Técléosis, Terre Dacres et Mont Argent tandis que 10 lances nous assurent de la cité de Bourg-la-Reine et de son port. Nous partirons demain matin »

***

A l’aube, 5 lances, sous la conduite de Conrad, partirent au plus vite devant la colonne pour éclairer le chemin, avant d’être suivi par l’ost du seigneur Archos et de son inévitable cortège de chiffonnières, lavandières et autres non-combattants.

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