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Communauté de Terre Noire

#1 02-10-2017 16:25:27

Passion Delacroix
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La Rose Blanche Delacroix

La porte s’ouvrit sur une jeune fille dont les tresses sont couvertes par un fade bonnet. Pas même le dessus des oreilles ne se laisse voir, seule la douce rondeur de son visage ainsi que la perfection de sa peau laiteuse trahissent sa jeunesse. Petite soubrette à la robe d’un gris passé et au tablier immaculé, inexistante, on ne la remarqua guère. Avec la tête humblement baissée de ces invisibles servants, elle dépose discrètement un plateau sur le guéridon non loin de là avant de ressortir de la chambre sombre.

Elle put la mort. Le centre de l’immense fenêtre est recouvert d’un fin voile blanc. Le matin naissant le fait apparaître comme fantomatique alors que les lourds doubles rideaux assombrissent plus de la moitié de la pièce. De fait, blanc sur blanc, le seul trait de lumière expose de tout son long le corps du vieillard dans sa couche mortuaire. Des doigts morbides, sont plus tordus que noués et se perdent dans le drap.

Autour de lui plusieurs ombres silencieuses, de noir vêtues, plusieurs hommes, une femme et une fille. Cette fille, la seule dont la chevelure dénote entre l’éclat de la faux et les ténèbres des murs. Si blonde, elle en parait presque lunaire. De l’environnement sombre obscure, elle se détache en boucles onctueuses. La femme serre la main de la fille, cette dernière ne tique pas sous la souffrance du geste sévère, elle obéit et un visage se tend vers son père.

Le menton est volontaire, la bouche est un bouton de rose mais l’on ne voit rien des yeux dont les paupières clauses font danser ses cils tous aussi clairs sur les jeunes pommettes. Le baiser est déposé sur le cuir fripé du mort. Une voix se fait à peine entendre, chuintante, c’est le prêtre qui prononce les sacrements quand un homme s’approche de la femme et de l’enfant.

De toute sa carrure, il recouvre entièrement la fille de son ombre menaçante mais le regard qui se baisse vers elle est plus calculateur que provocateur. Après un léger examen, l’homme échange quelques mots imperceptibles avec la femme qui resserre plus fort son étreinte sur la main de la blonde petite. L’échange est fort bref car voici que la vieille les entraîne au-delà de la chambre aux odeurs nauséabondes d’encens et d’expiration

A cette sortie, la fille tourne la tête vers le grand et robuste homme, elle lui sourit. Nulle naïveté ni innocence dans ce sourire. Il provoque la mort elle-même et mord la vie en une époustouflante trahison.

Elle disparaît dans une envolée de jupons noirs quand la porte se referme enfin sur elles.

Dernière modification par Passion Delacroix (02-10-2017 16:30:41)


Ce qui est connu : Dame de Salpuy et Dame du Comté de Luvida par la Régence de son Oncle, Aldabert Ormond.
Ce qui n'est pas connu : Fidèle des Ombres de Sphonie sous le nom de La Rose Blanche.

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#2 02-10-2017 19:20:17

Passion Delacroix
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Re : La Rose Blanche Delacroix

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En ce Deuxième jour du dixième mois de l’An 975


À vostre Altesse Ducale,

En ma qualité de Tuteur légal sur la maison Delacroix, j’ai la tristesse de vous faire part de la mort de nostre cher et respecté Chef de famille Monseigneur Godefroy Delacroix et par la même vous informer que l’enfant est désormais orpheline de père comme de mère.

Mademoiselle Passion Delacroix, ma nièce par sa mère, a été placée sous ma tutelle. De fait, n’ayant point eu de mâle, la lignée de feu Monseigneur Delacroix se termine après lui.

Je réclame pour ma nièce l’autorité vacante sur le Comté de Luvidia. De fait, nostre bon Seigneur s’est distingué jusqu’à sa mort sur ces terres. Il a élevé nostre bonne ville de Salpuy en petit bourg et défendu nos terres ruinées, la protégée des mercenaires par la force seule de ses mains et de sa voix en réunifiant le petit peuple dans ses murs. Ce qui n’était qu’un campement est devenu une communauté sous sa houlette.

Ainsi, afin d’honorer sa mémoire et de perpétuer sa volonté fondatrice, je demande pour l’enfant la reconnaissance par le titre de Comtesse afin qu’elle reçoive l’éducation et la dignité dont elle aura besoin pour défendre ses terres qui lui reviennent de droit bien que née fille.

Jusqu’à sa majorité, je me propose comme Régent et Protecteur de la Comtesse et de faire le lien enstre elle et vous. Je suis vostre humble serviteur sur une terre qui a perdu son guide et dont le Comté se voit vacant, sans guide et livré à lui mesme.



Foy et Fidélité,
Vostre dévoué, Adalbert Ormond.

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Dernière modification par Passion Delacroix (02-10-2017 19:41:50)


Ce qui est connu : Dame de Salpuy et Dame du Comté de Luvida par la Régence de son Oncle, Aldabert Ormond.
Ce qui n'est pas connu : Fidèle des Ombres de Sphonie sous le nom de La Rose Blanche.

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#3 03-10-2017 08:15:18

DoxYs
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Re : La Rose Blanche Delacroix

En ce jour et de part mes qualités de Duc de Crussol, je nomme Mademoiselle Passion Delacroix Comtesse de Luvida jusqu’à nouvel ordre.

De plus, vous devrez jusqu’à sa Majorité, lui être loyale et de tout faire, pour lui inculquer le bon savoir-vivre et être impartial dans vos conseils afin qu’elle puisse prospérer.

Enfin, je vous nomme donc, par la présente Régent et Protecteur de la Comtesse.

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#4 04-10-2017 15:25:29

Passion Delacroix
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Re : La Rose Blanche Delacroix

Un grognement de satisfaction s'extirpa de la gorge du grand homme. La fille avait entre les mains la réponse favorable non pas qu'il attendait mais qu'il entendait. De sa profonde voix, Adalbert dicta une réponse rapide de remerciements et de platitudes attendues et redevables envers son Seigneur de par son titre de Duc. Le feu crépitait dans la petite pièce qui lui servait de bureau ainsi que de salon. La maisonnée n'était guère grande mais elle était bien mieux que la toile tendue qui avait été la résidence des Delacroix quelques mois plus tôt après la ruine des combats. Aussi, Adalbert prenait réellement la suite de son beau-frère dans la fortification et l'élévation du village d'abord puis du Comté mais non point our les mêmes buts.

Le Seigneur Ormond grimaça à cette pensée tout en faisant les cents pas, mains nouées dans son dos. Les moyens manquaient ainsi que la connaissance pratique de ce fait pour déployer sa volonté. Certes, le domaine croissait vite, les ressources augmentaient du moins ce qu’en disait les comptes sous la lecture de sa nièce et les serfs commençaient à jouir de conditions favorables qui les rendaient plus productifs. C’était là le seul but pour leur apporter ces aises car Adalbert n’avait cure autrement de leur confort. Malgré tout, cela n'allait pas aussi vite que la menace qui les entourait et surtout cela ne le servait pas autant qu’il l’espérait pour assouvir ses ambitions. Poursuivre le mouvement du Delacroix certes, mais Ormond ne suivait pas les nobles objectifs de son beau-frère. Ce dernier avait servi de façon désintéressée et s’était soumis au bon vouloir de ‘son peuple’ comme il disait. Non, Adalbert avait réussi à obtenir un certain pouvoir qu’il comptait apprécier aussi longtemps qu’il le pouvait mais surtout étendre ce même pouvoir bien au-delà de Luvidia.

Un pouvoir fraichement acquis qui le mettait d’ailleurs déjà à l’épreuve car voici, dans la pile de missives qui attendaient réponse, il y avait celles d’un certain Harald Aubert. Aldabert ne le connaissait guère si ce n’est que son domaine se situait dans le Comté. Il lui mandait un droit de passage et une proposition de paix. Le Régent n’appartenait à aucun groupuscule bien que son prédécesseur eût été un fervent Angelot, lui-même avait des difficultés à se faire reconnaître à sa suite, il en était encore à tenter de se faire entendre dans ses propres terres alors à l’Agora et pis encore dans l’Armé des Anges ?! … Mais l'envie était profonde.


« Reprenez vostre plumes jeune fille et nostez donc. »


Le grand homme se tint face à l’enfant droitement et dicta de nouveau :


« Monseigneur et cher voisin, Il me plait d’accéder à vostre demande. Sur mes terres allez donc librement et que la paix soit faite entre nos deux maisons. C’est un honneur pour moi que de…
« Non, non ! Cela ne va guère ! Reprenons…
« … Et que la paix soit faiste entre nos deux maisons. Pour ce faire scellons nostre accord par une démarche concrète qui prouvera au regard de tous nostre amitié nouvelle. Mes routes vous seront ouvertes pour 5 Dacres par passage et par troupe de moins de 10 hommes. Foy et Fidélité, Régent Adalbert Ormond maison Delacroix. »


Alors qu’elle pliait le courrier, Passion cacha le sourire insolant qui flirtait dans le coin de ses lèvres car les mots dictés n’étaient guère ceux qu’elle avait transcrit… La fille dont le regard se penchait sur son écrit et dont les flammes dansaient sur le front pâle, fit couler la cire afin de permettre à son oncle d’imposer sa marque par le cachet de sa chevalière aux armoiries Delacroix. Cette dernière avait appartenu au père de l’enfant qui avait pris ses libertés en ces mots…


« A nostre cher voisin,

Vostre demande de passage m'a été remise ainsi que celle de paix.
De par vostre appartenance au Comté de Luvida, il est évident que nos échanges se doivent d'être paisibles et j'espère qu'il en sera de mesme entre toutes les Seigneuries le peuplant.
En outre, si je signe l'hosnorable acte de paix, je ne puis guère encore vous confier le libre accès pour le déplacement de vos troupes. Les attaques meurtrières et la guerre sont encore fraîchement encrées dans le cœur des populaces et vous comprendrez que le passage de forces armées engendrerait le trouble dans les esprits faibles.
Je tiens cependant à ce que la confiance soit entre nous et vous invite par là mesme à nous rencontrer, peut estre lors de réunion à l'Agora ? Ainsi, ce serait avec plus d'assurance que peut-êstre pourrais-je appuyer vostre demande.

Foy et Fidélité,
Comte Régent Adalbert Ormond, Maison Delacroix »


Son oncle n’allait guère à l’Agora pour la simple raison qu’il avait pour lui un notable qui le représentait mais, elle, elle y serait. La fille accompagnait le secrétaire en discrète observatrice et digne administratrice qu’Adalbert utilisait pour ce qu’il ne savait faire comme lire, écrire et compter. Adalbert était un vieux et rustre soldat qui n’avait connu que le combat et préférant la chasse et ses chiens plutôt que de gérer une Seigneurie bien qu'il s'essaya. Cependant il entendait bien recevoir tous les droits qui y étaient dévolu mais il était trop tôt pour se ridiculiser à l'Agora. Passion savait qu'il attendait que son autorité soit bien mieux assise afin de s'y imposer.

Il s’en suivit aux réponses diverses, la lecture de demandes similaires, son oncle se triturait la barbe en écoutant la petite voix timide.


« Plus fort doiselle, je n’entends guère ! râla son oncle avant de taper du poing sur la table. Satané fouteur de trouble ! Qu’est-ce que Ce LeJuste croit ?! Seule une catin ouvrirait ses cuisses à ces damnés en robe blanches ! Je m’en vais leur dire ce que j’en pense… »


Alors qu’Adalbert dictait encore de sa voix de stentor, la petite Delacroix écrivait ce qui lui en disait selon ses volontés profitant que son oncle ne savait ni lire ni écrire et se reposant sur la fidélité immuable de ceux qu’elle considérait comme ses hommes en propre. Lorsqu'elle remis au coursier les plis, elle lui ordonna de lui transmettre à elle avant tout toute missive provenant de ce LeJuste.

Dernière modification par Passion Delacroix (04-10-2017 15:39:19)


Ce qui est connu : Dame de Salpuy et Dame du Comté de Luvida par la Régence de son Oncle, Aldabert Ormond.
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