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Communauté de Terre Noire

#1 04-03-2018 15:28:06

Lysa Farrow
RPiste
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Verteville en Eolias - Le destin de Lysa Farrow

Verteville. Comme toutes les cités du comté d’Eolias, Verteville au nom si charmant et laissant rêveur, répondait plutôt mal à la description. Aucun habitant du lieu ne connaissait l’origine du nom. Les plus anciens l’avait oublié sans jamais transmettre ce savoir et les rares archives n’étaient pas assez fournis pour apporter une réponse. Verteville avait toujours été Verteville. Fut-elle accueillante à une époque lointaine, avant que les dieux ne se chamaillent ? Peut-être. Mais cela devait être dans un passé si éloigné que plus personne ne pouvait le regretter. Il ne faudrait pourtant pas croire que la vie y fut misérable. Les habitants étaient fiers d’y vivre et mettaient tout en œuvre pour accomplir leurs tâches quotidiennes, avec bonne volonté et dévouement pour leurs maitres.

Le domaine se situait au nord du comté, non loin des côtes de l’ile et des montagnes qui le séparait du comté voisin de Terre Bénie. La route principale permettait de le traverser de part en part, tandis que les forêts prenaient le rôle d’une enceinte naturelle qui n’avait rien de bien sécurisant mais qui suffisait à calmer les fureurs du dieu Eol. Qu’il vienne par l’un des deux points d’entrée de la ville, le visiteur était toujours accueilli par un individu pendu au bout d’une corde et plus rarement par un corps inanimé mis en cage. Ceux qui avaient déshonoré le maitre des lieux trouvaient leurs places en cet endroit, y finissant rapidement leurs vies et servant d’avertissement aux étrangers. Soumis au même traitement que ses voisins en Eolias, les grandes bourrasques jouaient avec ces hommes accrochés aux portes de la ville.

La ville était de taille modeste. On y relevait seulement qu’une centaine d’habitants, dont une grande majorité de paysans si bien qu’elle était dépendante du commerce avec les villages voisins. Le marché était installé au centre du village, entourant la grande fontaine qui savait faire effet aux voyageurs peu habitués, sur une zone entièrement pavée de pierre. Sans marchands étrangers, il ne s’y échangeait que grain, bois et pierres, uniquement des matières premières. C’était donc surtout l’endroit favorisé pour les rencontres quotidiennes et un grand terrain de jeux pour les enfants qui pouvaient s’exercer dans de longues courses. Entourant cette grande place, se trouvaient les bâtiments principaux. Une église, une école, et une maison qui aurait pu sembler ne pas différencier des autres si elle n’avait pas été faites de pierre. C’est dans cette dernière que résidaient les maitres de Verteville. C’est devant celle-ci que nous retrouvons Lysa Farrow.



La cérémonie toucha à sa fin. La jeune femme, installée dehors sur un siège prenant l’allure de trône, observait chacun à leurs tours, homme, femmes, enfants ou vieillards, s’avancèrent pour présenter grains, dacres, pierres, trophées de chasses ou quelconques objets de valeurs. Et à tous, un à un, la femme y répondait d’une même manière, promettant sécurité et justice. Les hommes d’armes, eux, présentaient leurs épées plus que tout autres biens. Ainsi, le contrat entre le peuple et sa dirigeante était fondé, clairement, dans un long cérémonial de plusieurs heures. Une fois le dernier habitant retourné à sa place, le héraut annonça d’une voix forte et claire « Loué soit notre maitre, Galen Farrow ! Louée soit sa sœur, la régente ! ». Ce qui fut suivi par des cris de joies de l’assemblée annonçant le début des nombreuses festivités qui n’en finiraient pas avant le surlendemain.

Lysa était assise aux côtés de son frère Galen. En plus d’être l’ainée de dix années, elle se démarquait par sa chevelure rousse, héritage de sa défunte mère, impossible à dissimuler tant son visage, marqué de plusieurs tâches, rappelait son état. La chose n’était de toute façon pas souhaitée, elle avait toujours été fière d’arborer ses couleurs si rarement portées dans son village. Contrairement aux autres dames, elle ne présenta aucuns bijoux, aucun accessoire. N’allez pas croire que ses parents n’y avaient rien tenté et parfois même contraint, mais passé l’âge de l’acceptation de tout, elle avait su toujours débattre assez habillement pour généralement obtenir gain de cause. Seules les arrivées diplomatiques, personnages de haute importance en provenance de terres lointaines, l’obligeaient au port d’un diadème ou d’un collier discret. Mais, en l’espace de quelques heures seulement, cette insouciance et ces caprices n’étaient plus autorisés. Tout paraissait si loin désormais.

Galen ne devait pas avoir plus de six ans en cette période. Sur un second siège aux côtés de sa sœur, il s’ennuyait fermement et avait la plus grande difficulté du monde à le cacher. C’est pourtant pour lui que l’entière cérémonie avait été raccourcie et que l’on avait accepté qu’il puisse s’abstenir de participer au banquet de la soirée. Mais un garçon de cet âge, s’il pouvait saisir l’importance de l’évènement, n’en trouvait rien d’amusant. Officiellement, le garçon était le véritable maitre des lieux, héritier du titre de son père. En Verteville plus qu’ailleurs, la coutume voulait que seul un homme puisse diriger. Et si sa sœur avait répondu à chacun des villageois, c’est vers le plus jeune qu’ils s’étaient tous tourné pour y adresser leurs offrandes. Une situation qui ne satisfaisait aucun des deux membres de la même famille.

Frère et sœur avaient été précipités dans un rôle qu’ils ne souhaitaient pas. Contraints, par la force des choses, à mettre fin à une enfance qu’ils auraient voulues plus longues et plus complète. Fini les jeux, les chamailleries, les sorties insouciantes dans les bois ou simplement les journées calmes passées à ne rien faire d’autre qu’observer le ciel et à décrire la forme des nuages. Le constat rappela la cause, l’absence définitive de leur père, protecteur et bienveillant. Entouré d’une centaine d’individus, qu’ils connaissaient tous individuellement, ils se sentaient pourtant si seuls en cet instant. Juste deux. C’est à deux qu’ils allaient devoir surmonter cette épreuve.

Sur le visage de Lysa, rien n’y laissait paraitre. Elle avait appris depuis longtemps l’art diplomatique où l’apparence à toute son importance. Elle souriait, semblait se plaire, même si son esprit était souvent ailleurs, accomplissant un deuil qu’elle n’avait eu le temps de commencer en privé. Elle savait, plus que son frère, que le pouvoir était source de convoitise et que si leurs rôles étaient encore indiscutés en ce jour, les complots et projets de trahisons ne demandaient que peu d’efforts pour être alimentés. Combien, parmi les plus riches, les plus forts, ou les plus âgés des habitants du domaine s’estimaient déjà plus en capacité de gouverner à la place de deux enfants ? La moindre démonstration de faiblesse pouvait tout précipiter. Il ne fallait prendre aucun risque et lutter, tant que possible, pour maintenir l’héritage des Farrow.



« Message pour le seigneur Farrow. » Le coursier à bout de souffle fit irruption devant les deux concernées, démontrant l’absence d’une sécurité efficace. Il n’avait pas pris le soin de préciser le nom du destinataire. Le pli s’adressait-il au père défunt, sans que l’envoyeur n’eut connaissance des nouvelles, ou au jeune héritier réveillé par cet imprévu ? Sans qu’il n’en soit autorisé, un vieil homme de fière allure se saisit du message pour s’en faire une lecture personnelle. Lysa reconnaissait là un premier échec dans une lutte de pouvoir, mais elle ne fit rien. L’homme avait été le plus proche conseiller de son père et, aux yeux de tous, un naturel tuteur pour les affaires politiques. Viendrait, plus tard, un temps et un lieu plus propice pour rappeler les rôles. La lecture fut longue, bien assez pour légitimement croire qu’elle fut reproduite à de nombreuses reprises comme le ferait n’importe qui souhaitant s’assurer de la réalité des choses. Le suspens prit fin lorsque l’homme, après avoir tendu le parchemin à la rousse régente, plia genoux devant le plus jeune des Farrow et annonça d’une voix permettant d’être entendu de tous « Longue vie au comte d’Eolias ! ». Et chacun des présents l’imitèrent, tous aussi abasourdis.

Dernière modification par Lysa Farrow (04-03-2018 15:33:15)


Lysa Farrow.
Comtesse d'Eolias et dame de Verteville.

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