Nous sommes en l'an de grâce :
976

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Communauté de Terre Noire

#1 22-02-2018 21:51:03

Geoffroy
RPiste
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Messages : 57

Qui sème le vent...

Le froid de l'hiver avait littéralement mordu ses terres. De ces vastes étendues de vases et d'eaux salées se mélangeant aux eaux douces des rivières, il ne restait plus que ce long manteau blanc, neigeux. Les plus petites étendues d'eau avaient complètement gelé, les plus aventureux des habitants pouvaient s'y risquer... On entendait d'ailleurs parfois des rumeurs parmi la population d'hommes étrangers disparaissant en un éclair, engloutis complètement par les eaux froides lorsque la couche de glace rompait sous leur poids. C'est dans ces conditions que l'on pouvait qualifier d'extrêmes, que le Comte des Marais avait passé l'hiver reclus dans sa Seigneurie de Vignesainte. L'heure n'était guère aux mouvements de troupes en ces conditions, il avait jugé plus sage de ne pas se mêler des premiers conflits sur cette île et s'était montré présent pour sa population qui venait à peine de s'installer.

D'ailleurs, malgré ces conditions climatiques, le peuple grandissait progressivement, le hameau devenait bourg, puis continuait de grandir jour après jour. On pouvait d'ailleurs parfois voir le Seigneur et Comte Geoffroy avec le bas peuple à aider aux constructions des établissements religieux, ou aux bâtiments qui serviraient de dispensaires, d'hôpitaux. Il se savait respecté, il se savait apprécié, et en ces terres, il pouvait circuler librement, sans avoir à craindre d'éventuels coups d'état. Rarement sans sa monture, il n'était accompagné que de deux hommes en armes ainsi que de son intendant avec qui il travaillait en étroite collaboration. Il n'avait jusqu'à l'heure pas hésité une seule seconde dans ses choix, se refusant même parfois à sortir de ses terres volontairement pour établir une relation de confiance et ancrer son autorité incontestée dans son Comté.

Mais ce jour était un jour nouveau. Aujourd'hui, les crocs de cette brise verglaçante ne parvinrent pas à enrayer le barbu dans ses décisions qu'il avait à coeur depuis plusieurs semaines. Ainsi, c'est assis devant son bureau qu'il attrapa sa plume et la trempa dans le petit pot rempli d'encre noire. Au sein de sa petite forteresse, on pouvait le trouver dans un salle adjacente à celle lui servant de chambre. Assez vaste, il y avait là quelques trophées de chasse accrochés sur les murs ainsi que des tapisseries importées. L'ameublement était simple mais efficace, de larges armoires où étaient rangés de nombreux parchemins, les uns vierges, les autres contenant des informations qu'il souhaitait conserver, un bureau en bois de couleur sombre trônait au milieu de la pièce, sous une fenêtre qui éclairait en plus de quelques bougies le parchemin vierge qu'il venait de dérouler.



A nostre Lieutenant, Hélène de Boemauth, Dame de Malegrange.

En ce vingt-deuxième jour du mois de février, an de grâce 976,
Moi, Geoffroy, Seigneur de Vignesainte, Comte des Marais, vous fait part d'une requête urgente.

      L'armée des Anges se meurt.

      Nostre Grand Maistre Archos est porté depuis plusieurs mois disparu et nostre organisation ne peut guère perdurer si les choses ne viennent pas à changer. Ainsi, nous demandons, en souvenir de vostre feu époux Mathias de Boemauth et de ses voeux pour notre Ordre, de déclarer officiellement en vostre qualité de Lieutenant de l'armée des Anges, l'incapacité totale de nostre Grand Maistre à gérer les Anges et appeler à sa destitution immédiate.

      C'est le coeur lourd que nous nous voyons contraint de porter ces mots à votre connaissance. Nous perdons chaque jour un peu plus de nostre emprise sur cette île, il apparait improbable de voir des Seigneurs remplir nos rangs sans un chef fort et charismatique à nostre tête. Nous espérons que vous ne verrez aucune offense au nom des Anges, mais l'avenir de nostre organisation est aujourd'hui plus sombre que jamais et nous ne voyons aucune autre alternative possible si son retour ne se fait pas éminemment. 

      Sachez Lieutenant que vous saurez compter sur nostre soutien indéfectible en cette décision ainsi que pour la nomination de nostre futur Grand Maistre, même s'il ne le reste qu'un temps, vous saurez pertinemment choisir celui ou celle qui saura nous représenter avec force et détermination.

Avec tout mon respect,
Vostre Ange dévoué.


Relecture oblige, le Comte prit le temps de vérifier ses mots, que chaque formulation représente bien ce qu'il était et le fond de sa pensée et surtout pour laisser à l'encre le temps de sécher, puis y apposa le sceau de cire rouge qui représentait le blason de sa famille ainsi que celui du Comté des Marais, juste après l'avoir roulé. C'est la main ferme qu'il attrapa ce morceau de parchemin, puis sortit de son bureau en quête du premier homme sous son service qu'il pourra trouver. Ce fut d'ailleurs un valet de chambre, assez jeune, peut être la quinzaine à tout casser, qui inclina la tête en l'apercevant. Geoffroy traversa le couloir jusqu'à lui et lui tendit le parchemin.

- "Relevez la tête mon garçon ! Prenez ceci et apportez le à nostre colombier. Cette missive doit être envoyée dans les plus brefs délais !"

Le jeune garçon acquiesça sans dire un mot de plus puis attrapa le parchemin tendu avant de partir en courant en direction de la cour qui permettait de rejoindre le pigeonnier. Là bas, il trouvera bien un de ses hommes en charge de ces dizaines de colombes et pigeons dressés pour traverser et avaler des kilomètres et trouver le bon destinataire. Enfin... C'était plutôt un pigeon pour un destinataire en fait. Qu'importe la manière, l'essentiel était que la Lieutenant puisse recevoir ce message. Le Seigneur et Comte resta là un moment, dans le couloir, ayant simplement fait quelques pas de plus pour observer l'extérieur et apprécier la vie grouillante de sa cité, ainsi que la nature sauvage qui trônait fièrement en fond, comme si elle narguait l'Homme de sa toute majesté, l'incitant à la défier tout en sachant d'avance que le combat était gagné d'avance pour elle. Du moins, ça c'était la théorie, dans les faits, lui avait su s'implanter et organisait toute une vie en plein coeur de ces terres hostiles, et ça, il n'en était pas peu fier.

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#2 23-02-2018 22:10:32

Helene de Boemauth
PNJ
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Messages : 217

Re : Qui sème le vent...

Le message avait parcouru nombre de lieues, était passée de mains en mains, avant de parvenir un matin en Boemauth puis à la capitale aux portes du palais. Pour l'heure nulle n'avait encore osé remettre en question la légitimité de la Duchesse de Jad à jouir des ores du palais. C'est donc en ce lieu qu'elle reçu le pli et en rompit le cachet.

Installée prés de la fenêtre, dans un fauteuil confortable, un plaid sur les genoux, elle laissa son regard courir les mots du Comte des Marais.
Respirant lentement, clignant parfois des yeux, ses lèvres douces et roses ne frémissaient pas.

Prenant délicatement une tasse fumante qu'on lui apportait, elle posa la lettre sur une petite table de bois noir et se laissa aller contre le dossier. Par la fenêtre elle apercevait l'agitation de la ville. La voix des crieurs, le chant des forges, des ateliers, parvenait jusqu'à ses pensées.

-que l'on vienne avec encre et plume, j'ai une lettre a dicter... dit-elle d'une voix douce et lointaine.

Un servant de la Duchesse entra et prit place sur un tabouret à cotés d'elle. Ni trop prés ni trop loin. Attentif il attendait.

-Duchesse?
-Cette lettre est à l'intention du sieur Comte des Marais, Geoffroy de Vignes Saintes...

Elle resta encore de longues secondes silencieuse, inspirant profondément.

Qu'il est doux à mon cœur d'entendre les mots des justes. A quoi notre terre pourrait prétendre de plus quand telle seigneurs l'habitent.
Monseigneur je prend hommages de vos mots. La citadelle des Anges ne vacille pas dés lors que ses murs sont hauts, ses chevaliers nobles et forts. Toutefois je vois par vos yeux quand à sa place, sa situation.

Le seigneur Archos d'Eolias est un homme vaillant, qui jamais ne faillit dans l'histoire qui nous est commune. Je le sais en cette heure occupé par des affaires qui lui son propre et ne doute en rien de son retour prochain. Pour autant l'Armée des Anges peut-elle souffrir ce délai alors que plus que jamais l'île à besoin de sa présence, tant militaire que politique ?  Assurément non.

Alors voilà seigneur que je m'apprête à vous faire connaître ma réponse.

Suis-je légitime pour même temporairement briguer ce titre ? Je ne le crois pas. Je ne le crois pas puisque c'est en d'autre place que mon combat m'emmène. Je ne suis pas mon époux, ou tout du moins, ce que je tiens de lui se limite à sa passion, sa vision de ce que doit.
Et ces choses que je garde de lui cher Comte, je me dois de les défendre sans  entraves.
Je suis profondément Ange. Profondément et à jamais marqués de ses armes et de sa foi.

Je pourrait ici m'arrêter, mais ce serait grande trahison et paradoxe. Alors je vais vous dire ceci.

Il est un homme, un brave qui porte lui les armes et la grandeur naissante qu'il vous faut. Il a mené nombre de bataille au cotés du Régent. Cet homme c'est son fils, Jendris de Boemauth et de Malegrange. Voici un seigneur, un fils, qui a cela de plus d'avoir marché aux cotés d'un grand homme, d'avoir grandit et reçu l'éducation de la citadelle, et d'avoir cette expérience des batailles passés. Il ne se trompera pas qu'en il faudra veiller à l'essor de l'Armée des Anges.

Mais la décision vous appartient cher Comte de le choisir comme suzerain et de l'accompagner au rang de lieutenant dans sa quête .

Helene de Boemauth,
Dame de Malegrange
Duchesse de Jad


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#3 24-02-2018 21:57:06

Geoffroy
RPiste
Inscription : 01-10-2017
Messages : 57

Re : Qui sème le vent...

Des jours s'étaient écoulés entre l'envoi de son courrier et la réception de la réponse de la part de l'épouse de feu Mathias de Boemauth. Le barbu était en pleine gestion de l'agrandissement de sa forteresse, les choses avançaient rapidement, tout marchait comme sur des roulettes au final, et c'était un Comte qui affichait une certaine fierté auprès de ses hommes, de son peuple. La fierté, la droiture, la rigueur, c'était des choses qu'il connaissait plus que bien, avec son passé dans l'armée, il avait pu développer certaines de ses capacités à force d'ordres, d'écoute et d'obéissance. Ainsi, lorsqu'un soldat arriva face à lui et inclina la tête avant de lui tendre une lettre, il posa son regard sur lui, puis attrapa le courrier tendu avant de le remercier et se diriger vers l'intérieur du bâtiment.

Le sceau était celui de la Duchesse de Jad, une certaine Hélène de Boemauth. Sa mâchoire se crispa probablement inconsciemment, puis il la décacheta avant d'en lire le contenu. Il la parcourut d'une traite, de haut en bas, puis reprit du début pour une relecture, voulant s'assurer de ce qu'il venait de recevoir. La crispation se détendit alors progressivement jusqu'à afficher un sourire, un air satisfait envahissant son visage petit à petit. Il fit demander à l'un de ses hommes occupés à gérer les affaires de la maison un parchemin ainsi que de quoi écrire pour une réponse aussi importante que celle qu'il venait de recevoir. L'attente ne fut guère longue, tout était rangé à sa place, n'aimant clairement pas le désordre et le chaos, il exigeait la perfection à ceux qui l'entouraient, rien que ça. Il s'assied donc à un des bureaux de sa forteresse, et se mit à écrire à nouveau.


A Hélène de Boemauth, Duchesse de Jad et Dame de Malegrange.


C'est avec une joie non dissimulée que nous venons de recevoir vostre missive, mais nous nous devons nous efforcer de rester parfaitement honnête et transparent pour vostre feu époux.

Nous pensons qu'il ne serait pas judicieux pour l'image de nostre Citadelle de nommer un aussi jeune garçon à la tête des Anges. Nous croyons avec certitude en sa force, croyons avec certitude en sa droiture, croyons avec force que vostre époux n'ait pu que nous offrir un enfant capable d'honorer sa mémoire et sa notoriété. Mais il nous apparait difficile en ces temps que nous vivons, d'accepter pareille proposition.

Nous croyons qu'il vous serait préférable de nommer un homme d'expérience à la tête de nostre organisation, un homme qui saura prendre en main vostre enfant, le former, le prendre à sa suite à l'image d'un fils et en faire le temps passant, le futur même de l'Armée des Anges.

Nous savons qu'il vous est difficile dans ces conditions de vous imposer au poste de Lieutenant, sans l'appui de vostre époux, dans un monde où les soldats s'attendent à voir un homme en armes pour les mener au front ou à leur donner des ordres et en l'absence prolongée de nostre Grand Maistre.

Ainsi, nous pensons, avec toutes ces conditions réunies, que nous pourrions incarner vostre solution, vostre appui.

Nommez-nous à la tête de l'Armée des Anges. Vous aurez ainsi nostre soutien indéfectible et nous nous engagerons à prendre vostre jeune Jendris de Boemauth pour le garder à nostre suite en tant que premier Lieutenant.

Il nous apparait aujourd'hui être la meilleure solution pour offrir aux Anges un nouveau souffle, et ne pas laisser les voeux de vostre époux s'éteindre et s'oublier au sein même de nos rangs. Sachez que nous sommes prêt à vous rencontrer si vous le souhaitez, prêt à nous déplacer si vous le jugez nécessaire, il sera pour nous un honneur que de pouvoir échanger de vives voix avec vous et de pouvoir rencontrer ce cher Jendris de Boemauth.


Avec tout nostre respect,
Vostre Ange dévoué.


Une fois la lettre terminée, il avait repris tout son sérieux sur un visage impassible, puis héla à nouveau un de ses gens pour lui faire la demande de faire partir ce courrier pour la Duchesse de Jad. Ce que fit sans perdre de temps le jeune page qui disparut de sa vue  dans les quelques secondes qui suivirent. Le courrier était envoyé, la demande venait d'être faite, les pions étaient placés et dorénavant il n'y avait plus qu'à attendre. C'est d'ailleurs ce que fit le Comte, planté devant une fenêtre à observer le paysage, pensif.

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#4 24-02-2018 22:41:39

Mu Zelier
Administrateur
Inscription : 28-01-2018
Messages : 91

Re : Qui sème le vent...

Très bien, il en serait ainsi. A vrai dire le Comte ne faisait pas là une offre des plus imbécile. Elle prit le temps d'y refléchir de longues minutes, puis, cette fois, prit elle même la plume.

Comte Geoffroy,
Qu'il en soit ainsi. Vous semblez être homme de raison. Puissiez vous honorer vos allégeances jusque tard dans la nuit. Je vous donne ce que vous désirez.
Que sonnent les cloches de la citadelle et que soit nommé sur l'heure le nouveau Maistre. Soyez fier de nos frères de ce qu'il représentent.
C'est un honneur pour moi de faire parvenir à mon fils sa nouvelle position.
Que le nom des Boemauth soit connu comme celui qui sert au mieux l'île et ce qu'elle compte de seigneurs valeureux.

Vous avez seigneur Comte, une nouvelle amie.
Vous pouvez compter sur mes fiefs et mes armées pour vous soutenir.

Mais il est une chose encore. Je ne sais ni connaît la date de retour du seigneur Duc d'Eolias mais ne doute pas pour autant qu'il revienne. A cette heure il sera naturel de s'interroger à nouveau. Pour l'heure puissiez vous faire rayonner nos armoiries.

Helene de Boemauth
Dame de Malegrange,
Duchesse de Jad

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